Ils ont pris l'habitude, le soir, selon l'endroit où ils se trouvent, s'il n'y a pas trop d'obstacles, si les chevaux ne sont pas trop épuisés, si le paysage s'ouvre devant eux et déroule un long tapis de terre ou d'herbe, même sèche et pauvre, caillouteuse, mais avec au-devant un replat suffisamment long pour que tout à coup ils défassent la selle, laissent tomber les sacs, tout ce qui les entrave, sans rien se dire, se provoquant, se toisant et n'attendant qu'un signal, un cri, un sifflement, oui, presque tous les soirs, alors qu'ils vont bientôt s'arrêter pour bivouaquer, ils ont pris l'habitude de s'élancer et de faire la course sur quelques centaines de mètres aller et retour, à fond de cale, chevauchant à cru, profitant de l'effet de surprise, le temps de lancer un coup d'oeil en arrière et de voir comment l'autre réagit, (...) alors on se lance à corps perdu, le corps penché sur le cou du cheval, le nez et la bouche en prise avec la crinière et les mains refermées sur les touffes de crin, les jambes plaquées contre les flancs qui s'agitent et les muscles qui roulent et les chevaux comprennent et s'élancent en fendant le vent, (...) la sueur coulant dans le dos et glissant dans les cheveux, sur le front, aveuglant les yeux, ruisselant sur la poitrine, la sueur et la fatigue, l'humus de l'odeur humaine, salée, âcre, qui se mêle à celle des chevaux, la crinière et la poussière qui dégagent cette odeur et cette chaleur de l'animal et les vibrations de son corps, sa vitesse, sa fougue et sa force qui résonnent dans les bruits des sabots et des fers...
Continuer - Laurent Mauvignier
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Miss Jo
lundi 21 novembre 2016
- 08:37:00
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Libellés : Aventure, Littérature française, Nature, Thème de société, Tranche de vie, Voyage
Petit Pays - Gaël Faye
J’ai pris l’habitude de lui rendre visite tous les après-midi. Grâce à mes lectures, j’avais aboli les limites de l’impasse, je respirais à nouveau, le monde s’étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs. (…) Avec Madame Economopoulos, nous nous asseyions dans son jardin sous un jacaranda mimosa. Sur sa table en fer forgé, elle servait du thé et des biscuits chauds. Nous discutions pendant des heures des livres qu’elle mettait entre mes mains. (…) Dans ce havre de verdure, j’apprenais à identifier mes goûts, mes envies, ma manière de voir et de ressentir l’univers. (…) Après avoir bien discuté, lorsque l’après-midi s’évanouissait dans la lumière du couchant, nous flânions dans son jardin comme de drôles d’amoureux. (…) Je ramassais des feuilles séchées au pied des arbres pour en faire des marque-pages…Mais l’écriture de Gaël Faye c’est aussi le sens des formules choc de par les images qu’elles véhiculent. En voici une :
Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie.
Certains soirs, le bruit des armes se confondait avec le chant des oiseaux ou l’appel du muezzin, et il m’arrivait de trouver beau cet étrange univers sonore, oubliant complètement qui j’étais.
La circulation était dense, les minibus klaxonnaient, les petits vendeurs proposaient des sachets d’eau et de cacahuètes, les amoureux espéraient trouver des lettres d’amour dans leur boîte postale, un enfant achetait des roses blanches pour sa mère malade, une femme négociait des boîtes de concentré de tomates, un adolescent sortait de chez le coiffeur avec une coupe à la mode, et, depuis quelques temps, des hommes en assassinaient d’autres en toute impunité, sous le même soleil de midi qu’autrefois.
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Miss Jo
samedi 12 novembre 2016
- 18:17:00
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Libellés : Enfance, Histoire, Littérature française, Passé, Thème de société, Tranche de vie
L'enfant qui mesurait le monde - Metin Arditi
Un livre intéressant car le sujet de la faillite grecque est peu traité dans le domaine littéraire. L’auteur nous livre les rouages de décisions économiques visant à sortir de la crise avec toutes les conséquences qu’elles comportent, positives et négatives.
Globalement, je me suis un peu ennuyée lors de ma lecture car j’ai trouvé beaucoup de longueurs dans le récit notamment liées à des répétitions.
L’anniversaire devait suivre des règles. Pas de gâteau. Pas de chansons. Pas d’autres enfants. Et pas de promenade. Une crème vanille, une seule bougie plantée dans un deuxième bol de crème que sa mère allumerait et soufflerait très vite, et voilà. La bougie devait être jaune. Comme la crème vanille. Comme les fèves. Comme le 12. C’était ça, le 12. Un nombre tendre et jaune. Pas comme le 11 ou le 13, des nombres gris foncé, avec des pointes en acier…
Le théâtre entier, de bas en haut, est submergé de coquelicots. Il y en a partout. Le long des allées, au pied des pierres, entre les stèles, partout ! Des coquelicots comme je n’en ai jamais vu ! Immenses ! Et rouges, papa, rouges ! D’un rouge si chaud ! Il y en a des milliers, peut-être même des dizaines de milliers ! Je regarde le théâtre qui m’entoure et j’ai le sentiment de me trouver au cœur d’un immense brasier.
Paru en août 2016
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Miss Jo
mardi 1 novembre 2016
- 14:04:00
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Libellés : Littérature française, Thème de société, Tranche de vie
Un hiver à Sokcho - Elisa Shua Dusapin
"- L’été dernier, une touriste de Séoul s’est fait abattre par un soldat nord-coréen. En nageant, elle ne s’était pas rendu compte qu’elle avait franchi la frontière."
Je marchais jusqu’à la pagode au bout de la jetée, dans les relents du large qui faisait la peau grasse, posaient du sel sur les joues, et sur la langue, un goût de fer, et bientôt les milliers de lanternes se mettaient à briller, alors les pêcheurs libéraient les amarres, et leurs pièges de lumière partaient vers le large, procession lente et fière, la voie lactée de la mer. »
NB: Hiver à Sokcho a reçu cet été, avant sa publication, le prestigieux prix Robert Walser. Une jeune auteure de 24 ans à suivre !Paru en août 2016
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Miss Jo
lundi 24 octobre 2016
- 10:07:00
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Libellés : Culture, Littérature française, Thème de société, Tranche de vie, Trésors
L'archipel d'une autre vie - Andreï Makine
Puis, tendant son bras vers la forêt, il chuchota : « Regarde, Pavel ! C’est cela la lumière dans les ténèbres. Nos feux, allumés (…). Oui, ruser, mentir, frapper, vaincre. La vie humaine. Un gamin s’étonnerait : pourquoi tout cela ? Dans cette belle taïga, sous ce ciel plein d’étoiles. L’adulte ne s’étonne pas, il trouve une explication : la guerre, les ennemis du peuple… Et quand ça devient vraiment invivable, il te parle de Dieu, de l’espérance ! Les enfants qui se noient sous la glace, qu’est ce qu’ils ont à faire de cette lumière divine ? »
Paru en août 2016
288 pages
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Miss Jo
dimanche 16 octobre 2016
- 16:57:00
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Libellés : Aventure, Histoire, Littérature française, Passé, Tranche de vie
La valse des arbres et du ciel - Jean-Michel Guenassia
De son sac, il sort les brosses, une palette, des tubes couleur. De là où je me trouve, je ne peux le voir préparer sa palette, ni voir ce qu'il commence à peindre, c'est à peine si je devine la toile qui se colore. Il peint collé à la toile, comme s'il avait déjà tout mémorisé ou qu'il savait déjà ce qu'il a l'intention de peindre. Quand il reprend de la peinture, il ne jette pas un regard à sa palette, en tout cas il ne bouge pas la tête. Je suis surprise de sa brusquerie. Il ne pose pas la peinture sur la toile avec délicatesse, comme on le fait habituellement, mais avec nervosité, comme s'il avait un fouet à la main et qu'il frappait le revêtement, il semble pressé, ses gestes sont saccadés.
Paru en août 2016
304 pages
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Miss Jo
vendredi 30 septembre 2016
- 10:41:00
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Libellés : Art, Culture, Histoire, Littérature française, Tranche de vie










De la tarte au citron, du thé et des étoiles



